De belles perspectives pour 2016…

Les travaux pour le rapport de la campagne 2015 vont bon train. L’informatisation des plans et le dessin de la moitié du mobilier sont déjà réalisés.

La seconde partie du mobilier découvert lors de la campagne 2015 a pu être restauré et est en cours de dessin et de détermination.

Fig. 1 Photographie de l’intérieur de la douille de la grande serpe découverte en 2015, en jaune des lignes radiales et en bleu un cerne de croissance du bois (Werner Schoch, mars 2016)

Le bois constituant le manche de la grande serpe découverte en 2015 a également été étudié par Monsieur Werner Schoch, spécialiste des bois archéologiques. Il s’agirait d’un manche en prunellier taillé dans la masse d’une grande buche (Fig.1). Ce bois dur et résistant est encore utilisé aujourd’hui pour la confection de manches d’outils, de garnitures en coutellerie ou pour la fabrication de cannes.

L’étude des carottes sédimentaires réalisées dans le lac de Champex est également en cours et permet d’assurer de la grande ancienneté de ce dernier. Les premières observations de l’équipe de l’université de Berne permettent ainsi de remonter jusque vers 15000 avant aujourd’hui pour les dépôts les plus profonds.

C’est donc l’ensemble de l’évolution de la végétation et du climat de la fin de la dernière période glaciaire à aujourd’hui qu’il sera possible de restituer à partir de ces prélèvements. Un type d’étude qui reste inédit au niveau local et rare au niveau régional.

Une excellente nouvelle nous est également parvenue du côté de nos finances avec un important soutien financier de la Fondation UBS pour la culture qui nous a versé un don de 15’000.- francs suisse (Fig. 2) pour la poursuite de notre projet et nous la remercions chaleureusement.

Fig 2. Remise du chèque de soutien de la Fondation UBS pour la culture par les responsables de l’UBS Valais en présence de Madame Caroline Brunetti, Archéologue cantonale, 03 février 2016, (RAMHA).

Post-fouille et études spécialisées

440 kg de sédiments issus de la fouille de niveaux d’occupation ont été prélevés lors de la campagne 2015 sur le site du Mur (dit) d’Hannibal.

Conditionnés et transportés à dos d’homme jusqu’à l’Alpage du Cœur, ces prélèvements ont ensuit été stockés à Liddes.
Durant le mois de novembre 2015, l’ensemble de ces prélèvements ont été tamisés par une équipe de l’association RAMHA dans des locaux mis à disposition par l’Archéologie cantonale valaisanne.

Ils seront par la suite déposés auprès d’un spécialiste pour être triés. Les macrorestes seront transmis à l’université de Zurich pour étude, tandis qu’une évaluation des coûts pour l’analyse des restes de charbons de bois sera établie en collaboration avec le laboratoire d’anthracologie rattaché au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris.

Plateforme de forage de l’université de Berne sur le Lac de Champex.

Début octobre, plusieurs carottages ont été effectués dans le Lac de Champex par une équipe de l’université de Berne en vue de la réalisation d’une étude palynologique. Des colonnes de sédiments d’une hauteur de près de 6 m ont ainsi été prélevées. Celles-ci seront étudiées dans le cadre de travaux pratiques universitaires en début d’année 2016 et devraient permettre de restituer l’évolution de la végétation en moyenne altitude dans le Val d’Entremont depuis la dernière glaciation. Les évolutions climatiques et les impacts humains sur l’environnement (déboisement, agriculture,…) pourront ainsi être mis en évidence.

Deux prélèvements plus restreints, effectués dans un marécage à proximité du Mur (dit) d’Hannibal, seront également analysés pour essayer de fournir une image micro-locale de l’évolution de la végétation sur le site. Ces deux images pourront ensuite être comparées.

Au delà de l’étude archéologique, le projet de l’association RAMHA devient aujourd’hui, une véritable enquête interdisciplinaire. Comme très peu de cas semblables sont publié pour la haute-montagne dans les Alpes, ces recherches pourraient constituer un travail de référence.

Bilan de la campagne 2015 sur le Mur (dit) d’Hannibal

Si la campagne de terrain 2015 s’est déroulée dans d’excellentes conditions météorologiques et a été très riches en nouvelles informations et surprises, nous ne pouvons oublier une bien triste nouvelle.

Théo Lattion, notre doyen et le précurseur de nos recherches, s’en est allé à l’âge de 102 ans pendant nos travaux. Sans lui, nous ne serions pas où nous sommes et c’est une partie de la mémoire d’une région qui nous a quitté. Quelle chance que d’avoir pu te connaître et d’avoir pu passer des moments en ta compagnie.

Si l’un de tes plaisirs était de suivre l’avancée de nos recherches, nous ne pouvons que te les dédier.

Fig. 1 - Théo Lattion sur le Mur d’Hannibal en compagnie du chanoine Lucien Quaglia, le 7 août 1979 (photo Solange Lattion).

En 2015, nos recherches nous ont mené à l’extérieur du mur d’enceinte principal.

Sur un promontoire au sud de la position, nous avons pu observer plus d’une dizaine de foyers.

La documentation de surface des zones extérieurs du site a également été complétée. Le nombre d’aménagements documentés (abri sous bloc et fonds de cabane) dans les secteurs périphériques a ainsi été doublé.

Un petit barrage, aménagé sur le point d’eau du site, a également été repéré. Il ne peut malheureusement pas être daté mais constitue une infrastructure très intéressante.

Un sondage à l’intérieur de l’enceinte a également livré le plus imposant bâtiment documenté jusqu’à aujourd’hui sur le site. Ses dimensions intérieures de 6.5m par 2.5m sont plutôt un standard de plus basse altitude. Plusieurs niveaux d’occupation et du mobilier ont pu y être étudiés.

Nous avons également eu la chance d’être à nouveau soutenus par Archéotech SA qui a effectué plusieurs vols drone pour augmenter la qualité de nos relevés généraux. Ceci nous offre un incroyable outil pour la documentation du site et, à terme, pour sa mise ne valeur.

Fig. 2 - Vue générale du modèle 3D général du Mur (dit) d’Hannibal d’après le relevé drone 2015 (Archéotech SA).

Cette année a également été marquée par des collaborations interdisciplinaires.

Le géologue Michel Guélat a accompagné l’équipe de terrain pendant une semaine et réalisé la cartographie géomorphologique et géologique du site. Une collaboration avec l’institut d’étude des plantes de l’université de Berne est également entrain de se mettre en place. Cette étude permettra d’intégrer le site étudié dans un contexte paléo environnemental local et régional.

Les découvertes 2015 renforcent en partie notre hypothèse de travail principale. Le site aurait d’abord été aménagé par des indigènes avant d’être réoccupé par des militaires romains pendant la période tardo-républicaine (écailles d’armure, bague, armement offensif, clous de chaussure,…). L’occupation indigène reste cependant encore difficile à caractériser sur le terrain ou par le mobilier.

Fig. 3 - Grande serpe en fer avec fragment de hampe en bois (RAMHA 2015).

La mise en évidence d’une monnaie du IIIe siècle après J.-C. et de clous de chaussures romains de petite dimension est également une nouveauté de la campagne 2015. Le site n’a donc pas été oublié après les événements du premier siècle avant J.-C. et il a probablement continué d’être un lieu ponctuel de passage.

La rédaction du rapport d’intervention 2015 est en cours. Ce document présentera non seulement les nouvelles zones de fouilles mais également l’ensemble du matériel retrouvé et étudié.

Le Mur (dit) d’Hannibal n’a pas livré l’ensemble de ses secrets et ne les livrera probablement jamais. Il se laisse cependant apprivoiser au fil des campagnes et nos travaux permettent chaque année de lever un peu plus le voile sur cette extraordinaire occupation.

Après de si fructueuses campagnes 2014 et 2015, notre dernière campagne sur le site en 2016 s’annonce passionnante.

Bilan intermédiaire de la campagne 2015

Après 3 semaines de terrain, il est temps de tirer le bilan intermédiaire de la campagne d’exploration 2015 de l’association RAMHA sur le Mur (dit) d’Hannibal.

La météo ayant été jusqu’ici beaucoup plus clémente que l’année précédente (seulement 2 fois la grêle), les travaux sont déjà bien avancés.

Le sondage réalisé à l’intérieur de l’enceinte, sur la moitié du bâtiment 2, a révélé les vestiges d’un mur-solin délimitant un espace intérieur de plus de 5.5 mètres de longueur par plus de 2.3 mètres de largeur. Une partie de foyer, ainsi que plusieurs niveaux de défournements, ont été mis en évidence dans ce grand local.

Sondage batiment

Le sondage sur le bâtiment 2 avec le mur-solin en pierre sèche et la moitié ouest du foyer au centre.

Sur la butte à l’extrémité sud du site, près d’une dizaine de petits foyers et quelques aménagements plus frustes ont été repérés dans une série de 5 sondages exploratoires.

Une partie de l’équipe préparant le piquetage des sondages sur la zone de fouille de la butte de l’extrémité sud du site.

En plus des structures, ces travaux ont permis la mise au jour d’un intéressant mobilier : une bague en fer, des clous de chaussures, un second fragment d’écaille d’armure, des tessons de céramique et d’autres objets encore à déterminer.

L’incroyable garde-manger de l’équipe de terrain un lundi matin !!!!

A mi-fouille, le bilan de la campagne 2015 est donc très positif et laisse encore augurer d’intéressants résultats d’ici au 14 août.

 

Début de la campagne 2015

Après la pause hivernale et un printemps de préparatifs, la campagne de recherches 2015 sur le Mur (dit) d’Hannibal commence.

Le jeudi 2 juillet 2015, un groupe est monté sur le site pour ouvrir la base de chantier et la préparer pour la saison d’été.

Dès le 6 juillet, 2 archéologues encadreront 3 à 4 étudiants en archéologie pour une campagne de sondages et de prospections que nous espérons riche en nouvelles informations.

De temps en temps, nous vous transmettrons des informations sur le déroulement des travaux ainsi que des photos de l’équipe de terrain.

La campagne sur le site durera jusqu’au 14 août et nous vous invitons tous cordialement à venir nous visiter.

Nous profitons également de ce court message pour remercier toutes les personnes et institutions qui nous soutiennent et sans qui ces recherches ne seraient tout simplement pas possibles.

Je vous transmets les meilleurs messages du comité et de l’équipe RAMHA.

l’équipe devant la base de chantier. Les matelas ont été sortis pour prendre le soleil après l’hiver !

 

La campagne 2015

Du 06 juillet au 14 août 2015

La campagne HA15 est en phase finale de planification. Deux archéologues encadreront 3 étudiants en archéologie sur le site pendant six semaines. Le plan détaillé des travaux est en cours d’élaboration et sera coordonné l’archéologue cantonal.

Les objectifs 2015 seront de compléter et préciser le relevé général des vestiges, de consolider nos connaissances des occupations à l’intérieur et à l’extérieur de l’enceinte et de mettre en évidence les voies d’accès au site et d’éventuels secteurs d’activités à l’extérieur de l’enceinte.

Le tri des prélèvements tamisés des fouilles 2009 à 2014 est en cours de finalisation. L’étude archéozoologique (ossements animaux) sera réalisée par Jacqueline Studer, conservatrice au Muséum d’Histoire naturelle de Genève avec le soutien de cette institution (lien muséum).
L’étude carpologique (graines et restes végétaux) a déjà commencé. Elle sera le sujet d’un mémoire de Master (Université de Lausanne – Université de Zurich) sous la direction et avec le soutien de Christiane Jacquat, conservatrice du musée de botanique rattaché à l’institut de botanique de l’Université de Zurich (lien UNIZH Bot-Inst).
L’étude anthracologique (charbons de bois) n’est pas encore attribuée mais un partenaire sérieux est intéressé à nous apporter son soutien.
Des discussions ont également été entamées pour réaliser une étude polynique.

Nous avons ainsi reçu de nombreux soutiens d’institutions de renommées internationales et nous pouvons quasiment assumer financièrement la partie de terrain de la campagne 2015.

Nous recherchons cependant encore des soutiens pour réaliser les études annexes sans lesquelles la campagne 2015 n’aurait pas de sens.

Suite à la publication en 2014 d’un article de S. Casini, A. Fossati et Ph. Motta, nous vous proposons de revisiter la page consacrée à l’inscription en caractères lépontiens.

Rapport d’activité 2014 et poursuite des travaux

Le rapport de l’intervention 2014 est terminé et a été déposé auprès de l’Archéologie cantonale valaisanne.

Il est à disposition en téléchargement ICI.

L’association recherche encore 40’000.-, pour effectuer les analyses spécialisées et clore l’étape B et l’étude des secteurs fouillés en 2014. Dans l’idéal, ces travaux devraient être réalisés avant le début de la campagne 2015 qui commencera en juillet.

Pour l’actualité de notre présence dans les médias, vous pouvez podcaster l’émission CQFD de la radio suisse romande du lundi 12 janvier 2015.

Les dates de la campagne 2015 ne sont pas encore définitivement fixées, mais celle-ci est prévue entre le début juillet et la mi-août 2015.

Après le terrain, le laboratoire…

En cette fin d’année, le groupe scientifique travaille à l’élaboration des données de terrain pour la préparation du rapport technique annuel à l’archéologie cantonale.

La restauration du mobilier présentant des risques de détérioration a pu être réalisée avec le soutien des Musées cantonaux du Valais. Nous les remercions chaleureusement pour leur soutien et plus particulièrement Philippe Curdy, conservateur du département Préhistoire et Antiquité.

Les travaux de restauration du mobilier métallique ont été effectués par l’atelier de restauration ConservArt à Sion. Ils ont d’ores et déjà permis de préciser la détermination des objets découverts (Fig. 1 et 2). Ces travaux permettront également la conservation à long terme du matériel mis au jour sur le site et le dessin de celui-ci (Fig. 3).

Figure 1 - Clou de chaussure romain (HA14-054) dans sa gangue de corrosion et de sédiments

Figure 2 - Même clou (HA14-054) après restauration, les globules et la croix à 4 branches caractéristiques des clous tardo-républicains sont clairement visibles

Figure 2 - Même clou (HA14-054) après restauration, les globules et la croix à 4 branches caractéristiques des clous tardo-républicains sont clairement visibles

Figure 3 - Dessin du clou (HA14-054) pour le rapport technique 2014

L’ensemble du mobilier découvert sera remis à l’Archéologie cantonale valaisanne, à la fin de cette année, pour être stocké dans des conditions optimales.

Les 200kg de sédiments rapportés en plaine par l’équipe de terrain, à dos d’homme du site à l’alpage de Boveire d’en-bas, puis en véhicule, ont été tamisés dans le courant du mois d’octobre. Ces travaux ont été réalisés par une petite équipe dans des locaux mis à disposition par l’Archéologie cantonale valaisanne. Un système de tamisage par flottation avec une colonne de tamis de dimensions 0.4 cm, 0.2 cm, 0.1 cm, 0.05 cm 0.025 cm a été utilisé (Fig. 4). Les boues ont été évacuées et les résidus de tamis ont pu être reconditionnés après séchage. Les résidus de tamisage sont principalement constitués de charbons de bois. Quelques petits pois et grains d’orge ont cependant déjà pu être reconnus dans plusieurs prélèvements. Des ossements calcinés de faune et des restes carbonisé non osseux et non charbonneux (résidus alimentaires) ont également pu être isolés.

Figure 4 - Manuel s’affairant à la station de tamisage, système de flottation à gauche, colonne de tamis au centre et bassins de décantation et de pompage à droite

L’ensemble des résidus de tamisage devra être trié à la binoculaire puis sera analysé par des spécialistes. L’association RAMHA bénéficie déjà du soutien du Muséum d’histoire naturelle de Genève par l’intermédiaire de Jacqueline Studer, directrice du département d’archéozoologie, qui effectuera l’étude des os d’animaux. L’association est également en contact avec Christiane Jacquat pour la réalisation d’une étude archéobotanique complète.

Les résultats des tests effectués en 2010 avaient été plus que prometteurs et les prélèvements à disposition en 2014 nous permettront de comparer les faciès alimentaires entre les différents locaux du site. Des comparaison générale entre l’alimentation sur le site et d’autres sites de référence seront également possibles. Ces informations seront capitales pour mettre en évidence les fonctions des différents foyers et locaux.

L’association manque cependant encore de moyens pour réaliser l’entièreté de ces études et celles-ci ne pourront être menées que dès 2015, selon les finances à disposition.

Les datations du mobilier 2014 correspondent à une occupation du site pendant ce que l’on nomme la période tardo-républicaine, entre 50 et 15 avant J.-C. Ce qui semble confirmer nos hypothèses de travail et ferait du Mur (dit) d’Hannibal, le plus haut site avec des niveaux d’occupation de cette période en Europe.

Pour plus d’images sur le déroulement de la campagne 2014, nous vous invitons à visiter nos galeries de photos.

Fin de campagne et début du travail d’étude

La campagne 2014 sur le Mur (dit) d’Hannibal, s’est terminée le jeudi 14 août. L’équipe a redescendu l’ensemble du matériel en deux allers-retours. La base de recherche a été préparée pour l’hiver. Les toits ont été étayés. Les panneaux solaires ont été rabattus et les haubans contrôlés.

Les résultats de cette intervention 2014 ont été au delà de nos espérances et ont permis la mise en évidence de nombreuses nouveautés.

De nouvelles structures et du mobilier ont été découverts. Les moitiés de trois bâtiments, des niveaux d’occupation ainsi que plusieurs foyers ont pu être documentés (Fig. 1). Le parement aval du mur d’enceinte a pu être mis en évidence à un emplacement où ce dernier semblait totalement ruiné et a ainsi pu être restitué (Fig. 2). De la céramique de tradition indigène, des fragments d’outils, de nombreux clous de chaussure et des vestiges d’armement (Fig. 3) ont été récoltés. Quelques objets d’époque moderne ou contemporaine ont également été recueillis.

Figure 1 - Local 3 avec son foyer au premier plan, zone plus noirâtre

Figure 2 - équipe de fouille sur le pan de mur d'enceinte restitué

Figure 3 - Pointe de javeline

Une partie du matériel ayant été découvert à l’extérieur de l’enceinte, lors de prospections, une nouvelle zone d’occupation a pu être définie. Elle sera un secteur particulièrement intéressant pour une intervention (fouille en plan d’un secteur limité) lors d’une campagne à venir.

L’ensemble du mobilier est actuellement en cours d’étude (Fig 4 et 5) et sera présenté dans le cadre du rapport d’intervention 2014. Les sédiments prélevés seront tamisés ces prochaines semaines.

Figure 4 - Talon de lance avant restauration ( ConcervArt 2014 )

Figure 5 - Ecaille d'armure avant restauration ( ConservArt 2014 )

L’objectif principal de cette fin d’année 2014 est la préparation du rapport technique pour l’Archéologie cantonale. Des notices scientifiques seront également réalisées et publiées au plus vite. Le mobilier sera dessiné, étudié et retourné à l’Archéologie cantonale valaisanne pour être stocké dans des conditions optimales.

Les études annexes (micromorphologie, géologie, archéozoologie, carpologie, anthracologie) seront réalisées dans une seconde priorité et selon les moyens à disposition. Cette seconde partie de l’étude est cependant d’une importance primordiale pour augmenter nos connaissances du mode de vie des occupants des lieux et nous permettre de mieux appréhender le contexte et le type d’occupation.

Nota bene pour l’article du Nouvelliste du 09.08.2014, p. 7

Communiqué officiel concernant les recherches Archéologiques 2014 sur le Mur (dit) d’Hannibal

L’association de soutien aux Recherches Archéologiques sur le Mur (dit) d’Hannibal (RAMHA) a été créée en octobre 2011.
Les objectifs des trois campagnes de recherches planifiées sur le Mur (dit) d’Hannibal, sont d’en augmenter nos connaissances, de façon à en mieux comprendre la fonction, les aménagements et le contexte. Cette étude nous permet également d’approcher le lien entre les populations d’il y a 2000 ans et le milieu montagnard et de mieux connaître leurs modes de vie. L’association a aussi pour objectifs de publier ses résultats, de mettre en place un circuit didactique sur le site et de créer à Liddes un petit espace présentant ses découvertes.

Les recherches archéologiques 2014 sur le Mur (dit) d’Hannibal ont lieu du 7 juillet au 14 août.
Elles sont menées par une équipe de deux archéologues de l’association et de quatre étudiants de plusieurs universités de Suisse occidentale (Lausanne, Berne, Neuchâtel). Le projet est au bénéfice d’une convention avec l’état du Valais et de partenariats avec l’Université de Lausanne, avec la Commune de Liddes et avec la Bourgeoisie de Liddes.

C’est une chance pour un archéologue que de pouvoir participer à un tel projet, et ce grâce aux membres de l’association et son comité, formé de MM. Jean-François Copt (président), Daniel Lattion (vice-président), Jean-Bernard Morel (caissier) et Vincent Quartier-la-Tente (secrétaire et précurseur des recherches sur le site). Un nombre important de sponsors ont également amené leurs contributions au projet et rien ne serait possible sans leur générosité.

Le site du Mur (dit) d’Hannibal présente, entre autres intérêts, une enceinte de près de 270 m de long par, aux emplacements les mieux conservés, 2.1 m de haut sur 3.5 m de largeur, une inscription en caractères lépontiens (caractères étrusques réutilisés pour transcrire la langue celte, découverte en 2005 par Mme Anne-Françoise Quartier-la-Tente), et un nombre encore non clairement défini de petits bâtiments d’habitation.

Notre hypothèse de travail principale est à ce jour, que la position ait été un point de refuge, de contrôle territorial et d’annonce indigène sur une voie de rocade, à la hauteur d’une cluse sur l’axe du Grand-Saint-Bernard. Ce lieu aurait ensuite été réoccupé lors de l’annexion romaine. L’éventualité que le site soit purement romain (il aurait même pu être construit par des indigènes pour l’occupant) et qu’il s’agisse d’une position utilisée dans le cadre des conflits entre Rome et les populations régionale, peu avant, au moment de, ou peu après l’annexion du Valais ne peut cependant pour l’heure être écartée.

En 2014, nous avons pu mettre en évidence, les moitiés de trois petits bâtiments adossés contre l’enceinte et une partie de leurs aménagements intérieurs. Des fragments de céramique indigène, un vestige d’outil, des restes alimentaires et de nombreux clous de chaussure augustéens ont été découverts lors des travaux. Ces nouvelles données confortent certaines de nos hypothèses, dont celle qui tendrait à faire des occupants ou réoccupants romains les responsables du démantèlement et de la mise à bas, dès l’antiquité, de certains tronçons de fortification.

A la charnière entre deux mondes, les découvertes du Mur (dit) d’Hannibal nous permettent de mieux appréhender une période aux incidences encore nombreuses sur notre vie quotidienne.
Les événements qui marquent l’annexion de nos régions par Rome restent flous entre la bataille d’Octodure pendant la Guerre des Gaules en 57 avant J.-C. et l’intégration administrative du Valais en 15 avant J.-C. Le Chablais semble, quant à lui, déjà appartenir à la sphère d’influence romaine dès les années 50 avant J.-C. (avec la fondation précoce de Massongex). L’étude du Mur (dit) d’Hannibal permet de commencer à entrevoir les événements de cette période trouble.

Quant à Hannibal, s’il n’est assurément pas passé par le Grand-Saint-Bernard, il a éventuellement emprunté une partie de la basse vallée du Rhône, avant de bifurquer sur un col sud du massif des Alpes occidentales. L’écrivain américain Richard Halliburton est donc, très probablement, le premier homme à passer le Grand-Saint-Bernard à dos d’éléphant en 1935.

Concernant la non « priorité cantonale » du projet, je désirerai préciser ce propos qui sans son contexte perd tout son sens. Dans des moments de restrictions budgétaires, parfois même dans des domaines de base de l’état, il est à mon sens tout à fait déplacé de considérer des recherches fondamentales comme une « priorité cantonale ». La priorité, dans le cadre archéologique, va aux vestiges en danger. Ce qui n’est pas notre cas. L’association RAMHA et tous ses soutiens permettent dans ce sens, en collaboration avec les services de l’état du Valais que je tiens encore à remercier, des recherches impossibles sans une telle structure associative.

Je tiens encore à remercier plus particulièrement mon équipe de terrain : Aurèle Pignolet, Yanick Bourqui, Manuel Andereggen, Maxime Fischer et Paul-Emile Mottiez.

Romain Andenmatten, Responsable scientifique RAMHA 09.08.2014

Bibliographie de référence, convention et partenariats sur le site www.ramha.ch